30/09/2012

Absence







C'est toujours des personnes dont on espère le moins qu'on reçoit le plus.

Moi, j'étais là, j'avais rien demandé à personne. Ça m'est tombé dessus comme ça, sans prévenir. Comment j'aurais pu savoir, moi ?



C'est l'enfant vagabond couché sur ses deux roues
Ses cils sont longs jusqu'à s'entrechoquer
Ses mains sont fatiguées
Ses bras sont trop agiles
Les yeux posés sur tout s'émerveillent toujours

Dans son baluchon gît le secret des nomades
C'est l'enfant solaire au cœur parfait
C'est l'enfant vagabond c'est celui qui veut vivre
Tous les jours comme le dernier jour

Toujours il danse dans les mauvaises rues
Il trouve son chemin sans jamais l'espérer
Dans ses yeux s'aventurent le vert de son pays
Et l'amour profond pour les hommes sans visage

La bouche forme des mots qu'il a soif de comprendre
Le ciel en capuche il n'est pourtant pas grand
Sous ses dents trop blanches le sable de sa ville
Il sent l'effort et le tabac
Il se couche où bon lui semble

Partout où il passe partout il va
Le hasard n'existe plus le hasard n'existe pas






C'est toujours des personnes dont on espère le moins qu'on reçoit le plus.
(Mais la réciproque marche aussi)



21/08/2012

Facile





« Il lui embrasse le flanc, et puis, sans appuyer, comme on fait s'ébranler une jument favorite, il recommence. Elle reprend conscience avec un sourire épuisé, comme une femme sauvée de la noyade. […] Elle n'est jamais assouvie. Elle ne veut pas le laisser tranquille. Elle retire ses vêtements, et elle l'appelle. Une fois cette nuit-là et deux fois le matin, il s'exécute, et entre-temps il reste éveillé dans le noir, les lumières de Dijon vaguement reflétées au plafond, les boulevards muets. C'est une mauvaise nuit. Des bancs de pluie passent. De lourdes gouttes résonnent dans la gouttière, devant leur fenêtre, mais eux sont dans un colombier, eux sont des pigeons sous les tuiles. Tout autour d'eux la pluie tombe. Eux sont couchés au creux de la plume, ils respirent doucement. »
(Un sport et un passe-temps, J. Salter)




...J'avais corné la page trop tôt. Je fais toujours tout trop tôt.

30/07/2012

Les nécessités de la vie et les conséquences des rêves


Le temps passe et les rues changent.

Rue des M., sur la vitrine de l'agence de voyages, s'étale une bannière du type

  
Vous ne vous êtes jamais demandé quels commerces perdureraient d'ici un an, dix ans, cent ans ? Certains nous surpassent en années, d'autres ne sont que passagers – faute de clients, parfois. De temps à autres, il suffit de lever les yeux pour retracer l'histoire.


Et bien souvent, il n'y a aucun lien : la bonneterie laisse sa place à une couscouserie familiale, ou le lavomatic s'incline devant une banque. Et chaque dépôt de bilan enchaîne une série de pronostics (agro-alimentaire ? Compagnie d'assurance ? Librairie d'occasion ?) tous plus ou moins improbables.

Alors, en passant devant cette boutique à l'abandon de la rue des M., je me surprends à schématiser un endroit à moi, pour moi.

J'imagine une brasserie – sentant le vieux et le renfermé – dans la veine des pubs anglais, remplie de fauteuils en cuir éventrés. A l'étage trônerait un billard en fin de vie (tapis zébré de coups manqués, deux ou trois boules manquantes). Une petite terrasse, jardin minimaliste, exposerait ses quelques tables bancales, en bois d'acajou un peu patiné. La carte y serait simple : les fish and chips et les crêpes au miel règneraient en maîtres absolus. Il y fera toujours bon vivre, et surtout en hiver, grâce à la cheminée en face du bar dans laquelle crépitera un feu imperturbable – on y déposera pas loin nos chaussures trempées par la neige de janvier.
Les cendriers et les ventres seront pleins à craquer.
Une bibliothèque longera tout le côté droit : des pages s'échapperont de quelques ouvrages trop anciens et l'on passera trop de temps debout à parcourir l'étalage au complet, puisque le gérant – feignasse notoire – se refusera à un ordre quelconque (chronologique, alphabétique ou autre).
Un jukebox qui ne marche qu'en francs fera sa loi : à la fin, on ne remarquera même plus que c'est toujours la même chanson de Michel Berger qui repasse en boucle, inlassable. Ce ne sera qu'un fond sonore aux derniers ragots, aux longues discussions sur le temps qu'il fait ou aux concerts à venir.



Quelques jours plus tard, j'emprunte de nouveau la rue des M. En fin de compte, c'est un énième salon de coiffure qui s'installe.
J'aurais du m'y prendre plus tôt, je bougonne en continuant mon chemin.