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12/05/2013

Dorée




« C'était un mélange d'homme et d'adolescent. Il avait les sourcils longs et arqués, un petit nez d'enfant, des lèvres ourlées, animées par un frémissement permanent. Ses lèvres, on aurait dit qu'elles faisaient la moue, puis qu'elles s'élargissaient comme si elles voulaient embrasser, puis qu'elles se plissaient pour sourire ou juger : j'aime, j'aime pas, c'est drôle, c'est beau, je vais parler, je veux écouter et je vous comprends, je suis une bouche qui parle mille langages […] Ses yeux étaient aussi mobiles que les lèvres, tachetés de paillettes vert et or, un regard qui, lorsqu'il se posait sur vous, semblait dire :Vous êtes la personne la plus importe du monde.Mais une seconde plus tard, une variation dans le même regard disait :Tout cela ne présente aucun intérêt. »
(Manuella, P. Labro)




Ce n'est pas très malin de faire tant de projets quand nous serons réunis, tu sais bien qu'on passe tout notre temps enfermés, à comparer les nuances de nos deux peaux contraires. Et puis ça prend du temps, on perd le compte, on s'interrompt souvent, et ça peut prendre des semaines entières,


Et à se nourrir de miettes on feint d'être repu
C'est que l'attente sait se faire cruelle
Elle paraît douce au lever et puis dense avec les heures
Les draps si lourds du corps qui n'est pas
qui n'est plus
qui n'est pas encore là


Aucun mot ne lui va et il ne ressemble à personne. Il faudrait inventer une nouvelle langue rien que pour le décrire. Il dit « j'aime bien parler français avec toi », mais le français c'est bien gentil, ça ne suffit pas. L'anglais est un peu tiède et jamais comme il faut. L'italien pourquoi pas, c'est chaud et mobile et léger, mais je ne le parle pas bien

(depuis quand es-tu à moi
le seras-tu jamais)

Et ces jours qui n'en finissent pas, comme un hiver de dix mille ans. Et tous ces chiffres morts, et ces plaintes que je tais pour te garder encore. Enfin, ce corps qui n'est plus à moi puisqu'il n'est pas à toi. (Et je fais toujours rimer tes au-revoir à des mots noirs, poignard, brouillard, tu vois, ce genre de choses.)
Mon soudain, mon mage, dis moi; ma pâte de fruit, mon mauvais chat sauvage – dis moi, es-tu un songe, ou bien es-tu un homme... ?




(et quand tu te lèves
moi je dors dans des wagons)




11/03/2013

Derniers poèmes d'amour





(Aujourd'hui s'est écrasé sur nous
a inondé les yeux muets
appesanti et morne sur les quatre mains
Ni hier et ni demain
J'ai tout perdu j'ai tout gâché
Mon géant de terre et de miel
La capuche lourde de rêves et de pierres
Sa bouche comme un carcan
emprisonne l'air et la mer
C'est la gorge sèche que je remplace
Un homme qui n'a rien à envier
Et je trace dans la glace
Le vilain mot : désormais)

Le 26 février, à sept heures du matin, je remonte la rue Sainte Catherine en faisant l'inventaire de tous ces petits riens.
Ton rire en cascades comme un gazouillis d'oiseau heureux.
Le chic que tu as d'être toujours en retard.
Ta tendance à te perdre dans une ville, qu'elle soit nouvelle ou connue.
Ta façon bien à toi de fermer les yeux quand tu manges quelque chose de particulièrement bon, en faisant tournoyer ta petite cuillère en l'air, comme une révérence.
La moue que tu fais quand tu trompes d'accord sur ma guitare sèche.
Ton accent qui te trahit et dont tout le monde se moque.
Et les mots que tu inventes, qui me font toujours rire.
Ta bouche qui s'ouvre pour gober les premiers flocons de neige, comme un gamin.
Ton grain de beauté au milieu du dos.
Tes lunettes qui te vieillissent beaucoup trop.
Les phrases absurdes que tu répètes en boucle quand tu es ivre.
Ton réveil que tu ne mets jamais à heure fixe, toujours 7h26 ou 10h42 (tu m'expliques pourquoi mais je ne t'écoute pas, je me rendors déjà).
Les chansons que tu chantes sans connaître les paroles.
La fumée qui te pique les yeux.
Ta maladresse légendaire.
Et tes idées qui changent tous les jours.

(Désormais je sais ce que je risque
Maintenant je sais ce que je perds)

Chante, chante, ne me dis pas adieu
J'ai beau me taire en dedans, je ne veux pas que tu t'en ailles
(è l'estate pazzo che non finirà mai)


30/09/2012

Absence







C'est toujours des personnes dont on espère le moins qu'on reçoit le plus.

Moi, j'étais là, j'avais rien demandé à personne. Ça m'est tombé dessus comme ça, sans prévenir. Comment j'aurais pu savoir, moi ?



C'est l'enfant vagabond couché sur ses deux roues
Ses cils sont longs jusqu'à s'entrechoquer
Ses mains sont fatiguées
Ses bras sont trop agiles
Les yeux posés sur tout s'émerveillent toujours

Dans son baluchon gît le secret des nomades
C'est l'enfant solaire au cœur parfait
C'est l'enfant vagabond c'est celui qui veut vivre
Tous les jours comme le dernier jour

Toujours il danse dans les mauvaises rues
Il trouve son chemin sans jamais l'espérer
Dans ses yeux s'aventurent le vert de son pays
Et l'amour profond pour les hommes sans visage

La bouche forme des mots qu'il a soif de comprendre
Le ciel en capuche il n'est pourtant pas grand
Sous ses dents trop blanches le sable de sa ville
Il sent l'effort et le tabac
Il se couche où bon lui semble

Partout où il passe partout il va
Le hasard n'existe plus le hasard n'existe pas






C'est toujours des personnes dont on espère le moins qu'on reçoit le plus.
(Mais la réciproque marche aussi)



19/07/2012

Où la vie se contemple tout est submergé





(J'ai écrit beaucoup, mais j'en ai dit si peu encore.)

La cartouche de cigarettes que j'ai acheté à Oman se vide peu à peu. Les jours passent, ils s'égrainent en entraînant dans leurs sillons mes derniers souvenirs népalais. J'ai le cœur qui se serre, le ventre qui se noue. Parties, les montagnes, j'ai retrouvé des rues régulières, des gens gris et taciturnes. Les Namaste ! si chaleureux ne résonnent plus à mes oreilles, c'est tout juste si l'on me marmonne un bonjour en passant...

Un mois plus tôt, j'étais sur le toit du monde et je nouais des étoles de soie aux drapeaux de Thorong Pass – on m'avait dit que le vent qui y claquait exauçait tous nos vœux.
J'ai vu des hommes, des femmes et des enfants marcher pieds nus sous soixante-dix neufs fontaines sacrées et remplir leur bouteille de Sprite à la bouche des sources.
J'ai vu des corps réduits en cendres. J'avais les yeux plein de fumée de bois de santal et des enfants nageait dans l'eau noire. Les mendiants sacrés étaient presque nus, le nez et les cheveux blancs, le visage rouge sous la poudre, comme des clowns en négatif.
J'ai appris qu'on ne devait tourner autour d'un temple bouddhiste que dans le sens des aiguilles d'une montre. Toute une foule qui marche dans le même sens – la vague humaine aux mille bouches pour une seule prière.
J'ai lu des livres d'or à la sortie des monastères, vu des signatures de français, de canadiens, d'américains... Je me disais que c'était étrange, quelque part, de se dire que je ne connaissais pas ces gens là, mais qu'à un moment de leur vie et de la mienne, on s'était retrouvé au même endroit, on avait partagé les mêmes pas et la même ombre.
J'ai rencontré une famille indienne qui m'a tout de suite prise sous son aile, m'offrant des gâteaux secs et me prenant en photo, avant de me saluer, mains jointes et noires de henné, et de partir d'un pas habitué sous une mousson parfaite.
Je suis entrée dans des temples après m'être déchaussée – collections de sandales et au milieu, cherchez l'intrus, une paire de Converse salie par la boue des rues – et des grains de riz des offrandes restaient – rien à faire – collés sous mes chaussettes.
J'ai vu des enfants aux joues cramoisies de soleil courir après nous pour nous quémander des sucreries ou des jouets. Il ne me reste d'eux que de grands yeux curieux qui me scrutent à travers le voile de mes polaroids.
J'ai regardé mon guide mélanger son riz et ses lentilles pour manger son dalbat avec ses doigts. (J'avais l'air de quoi, moi, avec mon Baccide?)

-----retour à Kathmandou (et à la civilisation), le 23 juin, sur le vif :

C'est comme si la ville entière me criait « Welcome back ! »
Le linge pendu aux balcons et les drapeaux à prières sur les terrasses claquent au vent comme pour me saluer en passant
Les odeurs d'encens dans les rues me reviennent au nez et en mémoire comme de vieux copains qui se blottissent dans mes bras après des semaines d'absence
Même les étoiles clignotent un peu,dans l'air doux de la nuit qui tombe, en un clin-d’œil géant
Même les chiens errants crient mon nom parmi les éternels klaxons
« Welcome back ! » « Welcome back ! »


Valises agencées dans le ventre vorace de la voiture de notre agence. Départ, le grand départ :

Mon père me dit « alors, tu ne verses pas une petite larme? »
J'esquisse un sourire. Je n'ai jamais autant lutté pour garder les yeux au sec.
Par la vitre, un monde s'entête à fondre et à m'oublier.

(Sur ma carte de trekking, j'ai tracé des croix pour bien visualiser mon parcours. C'est bête à dire, mais il a la forme d'un cœur.)
Aujourd'hui, j'ai une tête de Buddha autour du cou, un cd de prières tibétaines dans mon lecteur, je fais brûler de l'encens de bois de santal et je bois même du thé au lait : rien n'y fait. On ne peut pas ramener tout un pays avec soi dans sa valise. J'ai laissé à l'aéroport :
deux kilos et un teint d'albâtre,
les Ganesh miniatures qui pendouillent aux rétroviseurs des chauffeurs de taxi,
l'odeur des livres d'occasions de la librairie à côté du guest house,
le goût de la bière locale,
les couleurs des montagnes au Mustang, qui rappellent le Far West où je ne suis jamais allée,
les yeux de mon père qui se plissent quand il prend une photo,
les muscles qui tirent dans les montées,
les orteils qui se plient dans les descentes,
les champs de cannabis à perte de vue,
la crème solaire qui n'a servi à rien,
les caravanes de mules, clochettes au cou, qu'on entend arriver,
la TAILLE des moustiques,
et bien plus que je n'en saurais dire encore.

Et moi qui ne fais jamais de sport, je m'attendais à quelque chose de plus extrême. Mais c'est comme si mes pieds, d'habitude si gauches et si lourdauds, savaient cette fois exactement comment s'y prendre. Comme s'ils savaient à quoi s'attendre... Ils étaient bien les seuls.
Et pourtant, je pensais être assez informée. La bibliothèque de la maison regorge de livres sur le sujet, les bambous poussent à foison chez moi, et je me rappellerai toujours de la musique traditionnelle que l'on écoutait dans la voiture, vitres ouvertes, à toute allure.
Rien au monde n'aurait pu prévoir ça.

Quand on me dit "alors, le Népal ? Comment c'était ?", je ne sais jamais quoi dire. Je ne sais pas mesurer. Alors je réponds, l'air embarrassé "c'est dépaysant" et je me lève pour aller commander une autre bière au bar.
"C'est dépaysant"...C'est facile, passe-partout, c'est vrai, mais terriblement réducteur.

(Je n'ai pas besoin d'en parler avec lui. Je n'ai qu'un mot à dire, et il comprend.)




Une dizaine d'années auparavant, une étrange tradition familiale vit le jour.
Mon père décida d’inviter chacune de ses filles, l'année de ses vingt ans, à parcourir avec lui ce petit bout de terre, ce pays minuscule pris en sandwich entre deux géants.
Je suis la petite dernière et le cycle s'achève.

Quand je raconte cette anecdote, on me dit que cela ferait un bon sujet de livre... Ils ne croient pas si bien dire ; je ne fais qu'écrire depuis mon retour.

30/06/2012

Au défaut du silence






(Paroles des General Elektriks / poème perso)


(Quand tu dis que dans la vraie vie, tu n'as pas les cheveux longs, tu m'intrigues 
Quand tu parles et que les mots qui sortent de ta bouche ne correspondent pas aux mouvements de tes lèvres, tu m'intrigues
Quand tu verses le thé sans toucher la théière, tu m'intrigues
Quand tu me dis que tu aimes aller au bal, que ça te rappelle le 19ème siècle, tu m'intrigues
Allons au bal
Tu dis que mourir c'est juste dur la première fois, qu'après on s'y fait
Tu m'intrigues
Quand tu dors et qu'il n'y a pas d'air qui rentre ou qui sort de tes poumons, tu m'intrigues
Quand tu te caches sous le lit quand il pleut, tu m'intrigues
Quand tu dis qu'un congrès de murmures a lieu dans ta tête, et que ça n'en finit pas)


Je t'aimerai dans le secret des jours à venir
Et par-dessus la voûte des jours anciens
Pour toutes ces lunes que je ne connais encore
Pour le lait que l'on boit pour le pain que l'on mange
Et pour les calques du néon sur ta peau d'orge et de voiles
Je t'aimerai pour quelques cadrans pour quelques échos
Là où le sable tombe, il ne repasse pas
Je suis la carcasse de tes derniers outrages
Un cadavre qu'on laisse sous la mousson des poussières
Je suis le microbe d'un fou
Et la promise d'un cruel.


(Mais je ne cherche pas à comprendre)

26/04/2012

L'avenir d'une agonie







Oh baby can't you see, it's shining just for you
Loneliness is over, dark days are through
They're through



Le temps donne sa démission. Les équations nouvelles se ramassent à la pelle, je connais mes inconnues.
Grains de beauté = points de suspension
Bras = parenthèses
Cœur = ensemble vide (?)

Un jour, seize jours, trente-deux jours, le goût s'atténue et les marques s'estompent
Un tour, deux tours, trente-trois tours, tout le temps, même pour dormir
(Je ne sais pas comment tu fais pour fermer l'œil)
C'est un peu comme un visage qui ne se ferme pas
Comme un ciel sans tâches comme un été profond
Et l'amour que l'on a trop fait pour voir le jour
C'est comme un plafond bas sans surprises et sans chocs
Trois pyramides nues qui nous regardent, nus
Un froid comme une gare vide de toi, trop de gens qui ne te ressemblent pas
La ville qui s'éloigne et que j'ai vu à peine (une chouette en pierre et des rues sinueuses, du gris et du bleu, du bleu et du gris)
Le cœur plein de fruits et de non-dits – c'est comme si on s'était compris
Sans un mot sans un geste, étranger à figure humaine (et des cheveux rouges sous des ongles rouges)
C'est comme si la peur faisait de ma langue sa petite victime humide – peur de quoi peur de toi ou peut-être d'une autre moins loin, choisie avec plus de soin
C'est comme si je ne pouvais pas dormir sans être sûre que le jour se lèvera avec nous
Et que mes lèvres taisent l'énigme des tiennes, la grande question qui veut tout dire et que je ne dirai pas
Pas à haute voix


Dis, je peux rester avec toi ?

07/03/2012

Je ne suis pas seul


14:26

Mes yeux se posent sur de vieilles tasses à thé entassées amassées depuis je ne sais combien de temps, maigres reliques de faïence
et elles sont là, comme moi, bibelots vides et froids, gorge souillée de sucre - seuil gorgé de poussière mouillée
Et j'ai dans la bouche le goût amer d'aimer, celui d'un rire évaporé (à moitié), désillusion désinfusée - après tout ce temps - et une cuillère d'inox pour mélanger, elle se contente de peindre la fièvre d'une rage qui se mesure en degrés
Mon eau furieuse c'est celle qui bout - les bulles blanches les bulles bleues - à fendre une porcelaine
Elle passe par les trous qu'a fondu la patience vaine
Tu me touches moi l'échaudée et je te brûle
(cloque à percer) puis fin de cloaque, puisqu'il faut bien verser
Le soupir liquide d'un rêve ébouillanté
Les délices d'un orgueil passé et les dégoûts d'une âme blanche qui s'effacent à jamais
(Un enfant mange le calme plat
Et dans mon cœur un cœur qui bat)


Dehors, la pluie dilue ce qu'il reste de moi.






23:23

Encore quelqu'un qui part. Tout le monde part. Pas d'un coup, bien sûr, ce serait trop simple. On part toujours en laissant des traces, des miettes. Un cardigan gris sur le dossier d'une chaise. Un post-it sur une porte. Des petits morceaux de nous, sur place. Au fur et à mesure, la matière friable des souvenirs se fissure et tout tombe dans un bruit mat et sourd. Devient une pâte épaisse dont on couvre les murs. Fait de la place pour de nouvelles tortures. On se contente de peu, ça se mange tout seul. Tout le monde part. Et pourquoi pas, après tout ? L'appel exotique d'une clarté un peu floue, une herbe plus verte ailleurs, le goût sucré d'une existence à jamais neuve et nouvelle. Pour un sable plus fin qui fait sa ronde comme personne, pour un chagrin plus doux quand on vous abandonne, pour un pas en arrière (couard ? sécuritaire ?)... Les secrets d'avant, pliés en quatre, demeurent cois, comme des cache-misère. Une issue quelque part. Et à défaut de chercher ailleurs, on trouvera partout.

(A force, je ne sais plus qui de nous deux est l'absent de l'autre)

Tout le monde part. Ca ne peut pas faire de bien. La seule solution, c'est de partir aussi. Parce que la mauvaise place, c'est celui qui reste.


12/12/2011

Suite


Aiguilles du ciel à deux balles. Je ne vous ai jamais plus détesté qu'aujourd'hui.

Et vas-y que je traîne ma valise à deux à l'heure. Je vous en prie, je vais juste attendre que vous daigniez arrêter de me faire perdre mon temps. Un rendez-vous ? J'ai une tête à avoir un rendez-vous ? Oui bon, c'est vrai, je ne suis pas en retard, non. Pour quoique ce soit. Pour une fois. Je veux juste marcher un peu, là, pour m'éviter de penser, j'ai le droit ? Marcher, vite et droit, pour l'empêcher de revenir.




Tu es là où on n'attend plus las d'attendre non Las d'entendre la symphonie d'un siècle mourant

Tué là ou on n'attend pas où tu vous Ils ont tous la même peau et ça ne fait même plus mal Le temps les temps où tu n'es pas là comme je regrette le temps où tu étais las quand les remords étaient cachés sous le sable et mes pieds sur le mur quel mur déjà Tu sais toi et moi le parapet... Oui celui-là peut-être qu'il est tombé peut-être qu'il est repeint aussi tu te souviens les aquarelles improvisées toi et moi sur la pierre métaphore au rabais C'était surtout toi et moi nous dans la mousse dans la buée de deux bouches jamais collées mais j'étais remplie de tout ce qu'il fallait dire et –

Pourquoi faut-il que le soleil se lève (il fait toujours nuit là-bas ? sur toi ? dans moi) et les hanches et les manches du lundi au dimanche elles crient ton nom Étouffé sous les draps mais ça je ne le dirai pas L'orgueil est plus fort et c'est toi oui toi qui as tort mais et moi mes émois ce n'est qu'un bout de temps ça me passera ce n'est qu'un peu de saisons que je gâche sans raison et si je parlais

mais je suis lâche –

Rend moi mes cathédrales je veux mes quais mes aimés mes quittés et les rires que je ne pensais qu'à moitié Et l'écume qui vient lécher mes pieds Et mon journal et mon café Oublié le filtre pas fait exprès


Morsures et paquets de nerfs, un peu plus un peu moins C'est rien Quand tu es loin Pas le temps de pleurer c'est l'heure de ma verveine (mais même les morceaux de sucre et le sachet tout rabougri me font penser à toi, c'est vraiment pas de veine)

A toi à moi, à l'improbable à la surprise en forme d'aveu à nos conflits muets à deux - pas besoin de le dire tu le sais je le crie en sourdine c'est mon secret livide celui qui dîne de mes amours pourries comme des fruits trop mûrs c'est mes talons qui claquent c'est mon baume des mutiques c'est le déjà-vu arrière goût métallique


(Buvons pour ne plus se souvenir pour ne plus se mentir)


Je reprends ce que j'ai donné ce que je t'ai légué les mains les seins la bouche et les mots qu'elle a jeté J'efface et je ne laisse plus rien J'irai creuser pour les reliques celles de mes ans fantasmés jamais justes Trop jeunes Pas au programme arithmétique de ta persistance ton impertinence Et tu sais que j'ai raison Mais tant pis viens me chercher tu seras pardonné dépêche toi Je n'ai jamais aimé les aéroports c'est plein de gens qui s'aiment trop fort –



Et mince ! J'aurais mieux fait d'aller au duty-free.



07/11/2011

Certitude






(A jamais et pour toujours)

Mon amour risible visible indicible
Tu m'as quitté sans prévenir sans périr en silence brève romance
Ton café t'attend deux sucres comme avant et il a fondu sans fondre vraiment
Attention je reprends tout à fait va et vient le matin surtout le matin
et les larmes le soir tes larmes d'ivoire je les vois encore dans le noir
du couloir
Ton cœur à contre-temps du mien le cœur dans une boîte ce cœur qui n'en peut plus
de ne plus battre
Battre pour rien pour faire joli pour faire semblant
De temps en temps
Un bout de décor
Bête bout de viande froide - et le sel de mes yeux comme à Noirmoutier

Tu as gratté les contours et les a fait baver sécher tuer tirer pour t'échapper
Sauté par-dessus les limites les cordes les bornes les limites
Écorché contre le barbelé petits bouts de chair coincés
dans le maillage en fer forgé blanc craie faux vrai
Pour de vrai
Déchiré délavé différent
Puis indifférent
- J'ai englouti les corps à corps bouche à bouche pour te faire taire
Et te faire terre pour t'enterrer plus profond jusqu'au fond du tréfonds (petit con)
Creuser comme tes rides creusent ton front quand tu ne changes pas d'avis
J'ai voulu toi puis rien puis rien d'autre que toi
C'est grandiose sublime terrible tout à la fois
Comme du Klimt après une gueule de bois

Le tictac de l'horloge comme ton pouls sur ton cou tout à coup
Le ronron du chat comme tes yeux qui se brouillent déjà ;
Ta saveur s'évapore sachet de thé trop vieux ma carcasse faite de plis et de tâches
Mon écorce ponctuée points de suspension elle croque et craque sous tes pas et tes dents
Sous tes bientôts en forme d'adieux goût de sciure et de boue
Trésor de mon printemps enterré malenterré endormi malréveillé
Le sable dans ta bouche et tes doigts de glace tiède tes couleurs qui s'entassent et toujours
Mon amour ton café dans la tasse

la nuit je me tais replié dos rond rotules collées
au nez
un g majuscule au travers du matelas
ton initiale au milieu de mes draps


(A toujours et pour jamais)

Tes lèvres oh tes lèvres celles de plume celles de plomb lourdes et légères à la fois jamais pareilles collées à tout sauf à moi pas le temps pour toi cliquetis des ressorts machine en route à ta volonté bouillie de cendres à ta suite un peu partout cailloux genoux hiboux dans le ventre, flacon en bois sur ton miroir dans ton miroir; soleil : source de chaleur et de lumière (mais me semble t-il ça n'a rien à voir), col de chemise amidonné chaussures vernies cuir italien et lacets gris prêt à porter prêt à sortir où est ta main dans ton blouson mais pas dans le mien, mal au cœur que tu peux être vilain la pluie gris perle anthracite gris souris me venge dans tes cheveux bruns la pluie idiote en obtiendra plus que moi, enfin


(Toujours)

Torsades -
Penser à acheter du lait c'est important le lait
Chéri je pars chéri je reste chéri tu sais
Encore et encore retourné nausée grillé fusée
Envolé !
J'ai mis le feu à tes cils démoli les fossiles empaquetés entassés ficelés
Avec des étiquettes
Numérotées
Ta peau comme du velours suédine satin ou soie
Après tout je n'en sais trop rien moi
Jamais je n'ai pu qu'avec les mains coupées
Jamais je ne peux qu'avec les yeux fermés
Jamais je ne pourrai qu'avec un corps troué.

Et mes paupières oublient au fur et à mesure.

(Jamais)

19/09/2010

Prête aux baisers résurrecteurs

Vicky Cristina Barcelona


A cause de toi j'ai des pansements à chaque doigt mes ongles sont rongés plus qu'ils ne devraient et ma peau se craquèle comme un désert dont tout le monde se fout
A cause de toi j'ai des larmes sur les lèvres et je ne me souviens pas de les avoir versées J'ai honte du sel de mes yeux de la couleur de mes cheveux J'ai peur d'être amoureux
Mon énigme mon point d'interrogation J'ai tenté de comprendre les réponses les questions j'ai tenté de te connaître du par cœur du par être J'ai voulu savoir quel goût ça avait d'être toi A cause de toi Je voulais savoir ce que tu mangeais le matin ce que tu buvais à l'apéritif ce que tu écoutais dans le tram je voulais sentir ton after-shave sur l'oreiller te regarder te raser les fesses moulées dans un short de sport gris souris Je voulais t'embrasser au coin d'une rue te serrer contre moi sur un banc au mois de mai et même pour tous les autres mois pas jusqu'à la fin des temps enfin comme tu veux ça me dérange pas et boire du thé jusqu'à l'ivresse jusqu'à paresse jusqu'en Grèce Te faire l'amour sur un canapé poussiéreux et tomber sur le plancher avoir mal me réveiller C'est un rêve n'est ce pas c'est un cauchemar je vais me réveiller J'ai le cœur secoué comme des maracas c'est beau l'espagne tu m'en diras des nouvelles moi je veux plus voyager c'est toi ma nacelle mon avion mon aile mon petit bateau mon cargo mon chapeau mon loto mon numéro mon imbroglio mon one and only mon favori mon canari mon mari mon tsar mon toi mon moi moi moi regarde ce que tu fais de moi à cause de toi


(Je connais ton secret par cœur / Toutes les portes de ton empire / Celle des yeux celle des mains)

04/08/2010

Puisqu'il n'est plus question de force

Little miss Sunshine



Le corps de bois s'est fendu
Sous les cils insistants
Bruit d'une chute, jusqu'au bleu
L'eau des yeux, l'éclat des crocs

Nous étions seuls
Dans la boîte
Cadenassés, au petit jour
Mortels à jamais
Et jusqu'au lendemain

Le cœur et le flacon
La plaie est close
Mais pour combien de temps encore ?