Il s'en va et ferme la porte derrière lui, sans demander son reste. J'ai toujours eu un faible pour les hommes qui referment la porte derrière eux sans demander leur reste.
30/07/2012
Les nécessités de la vie et les conséquences des rêves
19/07/2012
Où la vie se contemple tout est submergé
deux kilos et un teint d'albâtre,
Quand on me dit "alors, le Népal ? Comment c'était ?", je ne sais jamais quoi dire. Je ne sais pas mesurer. Alors je réponds, l'air embarrassé "c'est dépaysant" et je me lève pour aller commander une autre bière au bar.
"C'est dépaysant"...C'est facile, passe-partout, c'est vrai, mais terriblement réducteur.
(Je n'ai pas besoin d'en parler avec lui. Je n'ai qu'un mot à dire, et il comprend.)
26/04/2012
L'avenir d'une agonie
Un tour, deux tours, trente-trois tours, tout le temps, même pour dormir
02/03/2012
Le devoir et l'inquiétude

NANCY 3
PLACE STANISLAS
J'étais debout contre la façade de l'opéra et j'attendais E. Mon attente fut de courte durée : je vis sa silhouette se dégager du brouillard et je reconnus – on ne peut la confondre avec aucune autre – sa démarche chaloupée, une allure de danseuse, sa grâce en mouvement sur les pavés glissants. J'y aurais succombé, à ses pavés, je serais tombée une ou deux fois en l'espace de seulement quelques mètres, avec ma maladresse habituelle.
Pas elle.
Ses joues très douces – rosies par le vent, deux petites boîtes de peau pleine de froid – effleurent les miennes dans un silence qui fait tâche, par rapport au vacarme que crachent les portes d'entrées. Elle agite son parapluie en me racontant sa journée. Je l'écoute, la tête penchée, les cheveux dégoulinant de pluie sous mon béret trempé.
Un jeune blond déchire mon ticket à l'entrée et je monte lentement l'escalier en marbre, un bout de papier dans chaque main, l'air nonchalant et un peu bonhomme : un petit pantin en chiffon chez les grands hommes.
La magie du brouhaha s'opère : l'orchestre se met en branle, tout doucement d'abord, comme s'il avait dormi cent ans, puis de plus en plus fort. Les cuivres parlent aux violons qui répondent aux hautbois et ainsi de suite, c'est sans fin, à la fin. Le chef-d'orchestre s'agite – c'en est même comique, ce petit être de rien du tout qui commande tout un peuple avec un bout de bois.
Et moi, je tourne la tête vers E. jusqu'à ce que le rideau se lève. Les lumières du décor se reflètent dans ses grands yeux verts. Et sa bouche, s'ouvrant et découvrant ses trente-deux airs entêtants, éclipse tous les bruits sous la voûte; tandis que sous mes cuisses, le strapontin gémit faiblement – protestation de l'écho, tristes shhhht aux gradins du dessous.
J'ai fait du lyrique avec un peu de plastique.
28/01/2012
La vie immédiate
NANCY 2
GARE
Je t'aurais raccompagné, tu sais. J'aurais gardé les mains dans les poches pour ne pas être tentée de fourrer mes doigts dans la tienne. Je n'aurais pas insisté pour que tu restes plus longtemps. J'aurais peut-être hésité à entrer; je n'aurais pas voulu voir le numéro orange vif de ton train sur les panneaux des départs, et à l'heure clignotant sans répit comme une paire de gifles sur une joue nue. Je t'aurais peut-être laissé Place Thiers – l'endroit sans doute le plus laid de Nancy – et serré contre moi, nonchalamment et sans aucune chaleur, pour ne pas trahir les révolutions qui s'opéreraient en moi (souffle court, cage thoracique comme rétrécie au lavage, tremblements d'écolière incontrôlés dans les métacarpes et la lèvre inférieure).
Ou bien je t'aurais accompagné au quai numéro un.
Tu trainerais ta petite valise derrière toi, les roues couineraient un peu, oppressées ; tu sifflerais un air impatient, l'air détaché ; je regarderais ma montre pour paraître occupée. Je t'embrasserais les deux joues le souffle coupé, mais je sentirais fatalement ton parfum, mélange de vin, de cigarette et de savon de Marseille. Je simulerais un retard quelconque pour ne pas te voir monter dans la voiture 18. Je ne saurais pas si je suis censée te faire un signe de la main ou partir immédiatement, une fois les portes closes.
Alors je sortirais par les portes automatiques, le vent serait glacial et j'aurais peur de pleurer (par moins dix, les larmes sont des armes blanches : des stalactites d'eau salée collés aux cils). Des hommes d'affaires déjeuneraient au Flo, l'air suffisant et plein d'arrogance. J'aurais la gorge sèche, je fumerais une cigarette devant l'Irlandais – avant de me rappeler que tu m'y avais emmené un jour, j'avais bu un thé glacé, et toi un Expresso. Peut-être que j'aurais envie d'un café, à ce moment là. J'irais aux machines de la gare, boire un pseudo crème à l'aspect peu engageant, avec beaucoup trop de mousse et pas assez de sucre. On me demandera sans doute de la monnaie, je bafouillerais sans doute une piètre excuse.
Et puis, tu serais là, dos à tes wagons qui défilent, l'air perdu et la bouche entrouverte. Je te regarderais sans comprendre de l'autre bout du hall et en te rejoignant, tu n'aurais même pas un mot à dire. Nos bouches cousues rendraient tous les trains en retard.
(Mais je n'ai de l'amour qu'au conditionnel.)
COURS LEOPOLD
( Surtout à l'automne. Les marrons, principalement. Les marrons, surtout. Et les feuilles, aussi. Les feuilles mortes, sur nous.
A force je ne me rends même plus compte que c'est là où on s'est aimé, détesté, désaimé ; à force je ne fais même plus les comptes – je t'y ai embrassé dix, cent, mille fois; à tout heure : matin, midi, soir, sur ce banc (toujours sale, chewing gums collés au dossier, traces de pas ou que sais-je encore) près de la statue (marbre froid marches trop hautes ou trop basses c'est selon) à l'arrêt de bus, à demi-cachés (et combien de fois l'as-tu raté ce bus ?) Il fut un temps où c'était un jeu, où cet espace était à nous (mais qui nous l'a pris, dis moi... ?)
[Là où on s'attend quand on n'attend plus rien d'autre que nous plus rien d'autre que tout
où l'on dessine encore une figure fanée fatiguée effacée le front figé dans un âge imparfait et la peau trop brune sucrée salée sous la langue qu'on connaît
Là où on s'aimait toujours plus fort, collection de craintes rangée et remise à plus tard, c'était pas l'heure de nos tissus d'incohérences – qu'on tissait chaque jour et défaisait la nuit, comme Pénélope, pour nous donner plus de temps, plus tard, plus loin
Là où on ment où on feint où l'on fait semblant d'avoir faim pour ne manger que les miettes de ton pain et les tristes restes des jours heureux]
Là où, en fin de compte, ton nom a pris une couleur nouvelle. Celle d'une autre vie, pleine de « si » et de remords en forme de oui. )
Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un raccourci comme un autre pour rentrer chez moi, ou un passage obligé après des verres trop grands : on éponge la liqueur en s'engraissant le cœur, une boîte de frites pour deux euros, les doigts moites d'huile et la tête lourde – boules de billard qui s'entrechoquent, viande à kebab qu'on découpe, commentaires bruyants à la table à côté.
J'ai empilé du bruit sur toi.
VIEILLE VILLE
La vieille ville fait de moi une vieille fille.
J'étais légèrement ivre en sortant du Médiéval et les pavés de la rue Saint Michel me faisaient mal aux pieds. Les quelques restaurants de la Grand Rue déversaient des effluves persistantes de fromage – ça me donnait mal au cœur, après toute cette mauvaise bière que je m'étais entêtée à boire.
Mes longues envolées lyriques de tout à l'heure me revenaient très lentement en mémoire. Je souriais pieusement, les dents cachées derrière la honte pudique de l'éthylisme et ma fine écharpe – piètre bouclier contre le froid et le vent de minuit.
Un homme me siffla Square Bichat. Un chien aboya un plus bas. Une voiture, vitres baissées, déversa une mélodie – puissante, toute de cris et de basses – puis me dépassa à vive allure. La retombée du silence, trop soudaine, me fit frissonner.
Je sifflai sous la porte de la Craffe, l'écho remplissait les arcades de duplicata de moi. Miroir sonore de mes petites hésitations. La neige, tamponnée d'allées et venues, riait sous la maladresse de mes semelles. Quand je rentrai chez moi, toutes les lumières étaient éteintes.
Et de l'autre côté de la ville, quelqu'un tombait amoureux. Ce n'était pas de moi.
à venir : PLACE STANISLAS, PEPINIERE
16/01/2012
Capitale de la douleur
NANCY 1
CENTRE VILLE
Je n'ai jamais connu pire que Nancy en période de soldes.
Tout respire la cupidité et l'impatience. On entend des cliquetis de pièces aux caisses des grands magasins, un brouhaha à peine humain, les cris des codes-barres qui changent de mains.
Clients à la démarche saccadée à mi-chemin entre le robot et le mort-vivant, discours pré-mâché aux traditionnelles envolées (ah bon, c'est la nouvelle collection... ?). Les boutiques déversent une masse rectiligne de la caisse à l'entrée et vomissent un flux de sachets et de sacs en carton, parfois un bruit strident et désagréable se fait entendre à la sortie – bip bip (c'est pas moi, j'ai rien acheté). La rue Saint Jean est presque impraticable, les talons tapent le bitume avec un enthousiasme à la limite de la décence : les femmes marchent vivement en traînant devant elles une poussette grinçante – un homme peu motivé les suit, mains dans les poches – ; un petit groupe rit à gorge déployé, le mendiant devant la banque profite de l'affluence pour crier plus fort sa famine (mais non, on ne lui accorde pas un sou, on a déjà trop dépensé en futilités).
Mais là, au milieu de la rue, un jeune père accroupi débarbouille son petit garçon, peinturluré de chocolat et de miettes à peine identifiables. L'un a des lunettes cerclées d'écaille, des boucles brunes et un petit mouchoir vert à la main, il a dans sa voix l'intonation faussement sévère des parents aimants, dispute son fils avec peu de conviction, le menace gentiment – si tu ne peux pas manger plus proprement... etc – et le garçon, à moitié caché dans un bonnet bleu, trois fois trop grand pour lui, lui répond poliment – oui papa je ferai de mon mieux – et esquisse un sourire dévoilant sa dentition fragile et incomplète.
Et moi, je ne sais pas si je suis censée m'attendrir devant une telle scène d'amour filial ou continuer mon chemin et faire mine de rester sceptique. Mais derrière la façade du temple protestant se couche déjà le soleil, c'est une nuit de plus, et une journée de moins.
OBERLIN
Les péniches glissent sur l'onde grise du canal. Pas un bruit ne vient les déranger. Quelques détritus flottent : des prospectus désormais illisibles, des mégots de cigarettes. Des bouteilles vertes à moitié émergées fendent l'eau de leur tête ronde. Le café de la Marne trône, imperturbable, vide et blafard, ses gouttières dégoulinantes de pluie. Une mouette survole les tables en terrasse et se pose au milieu du trottoir; je tourne la tête, met ma capuche d'une main pressée et continue mon chemin.
Dépassant des toits rouges et de la peau des briques, le clocher de Saint Vincent de Paul s'impose, très humble, dans un halo froid et jaunâtre – de loin, on dirait du papier mâché. Je me souviens de n'y être jamais entrée, moi, à Saint Vincent de Paul. La porte est encore fermée. Ce ne sera pas pour aujourd'hui, donc.
Je regagne le Clos D, les pieds mouillés, les chaussettes infusées de pluie. La mouette de tout à l'heure me dépasse en riant. Marre toi, vas-y. C'est vrai, je devais bien avoir l'air comique, trempée de haut en bas, les yeux fous, cherchant ton nom sur les bateaux. Mais ces idiots ne s'appellent que Niagara ou Kelly.
FAUBOURG DES TROIS MAISONS
Je n'aime pas y acheter mes cigarettes. Le buraliste de la rue C.Keller est vraiment trop bavard. Il vous pose tour à tour des questions indiscrètes et des devinettes trop compliquées ; lance des slogans qui se veulent comiques ; et, sans jamais s'en lasser, fait l'apologie des jeux de hasard d'une voix tonitruante.
Le vent fait danser les décorations de Noël accrochées aux arbres, il y a fort à parier qu'elles y seront encore d'ici un mois ou deux. Mais ce n'est pas le temps qui manque, ici.
Un couple aux cheveux blancs descend la rue et parle tout bas. Leurs mains se frôlent et se devinent. Je les croise toujours à l'heure du thé aux Trois Bagnoles. Enfin, le Midi Pile. C'est idiot, dans le quartier, il ne sert à rien de changer les noms des commerces, les Anciens ne se feront jamais au nouveau. On ne parlera jamais du Primeur, mais du Malplate, alors que celui-ci n'existe plus depuis vingt ans au moins.
A la supérette, j'empile des paquets de biscuits les uns sur les autres et ma tour de Pise comestible s'effondre sur le tapis roulant. Je sors ma carte bleue et tente de me souvenir de mon code (à la place je pense à la pub, celle où la vieille dame a tatoué le sien dans l'oreille de son chien, c'est malin, ça me déconcentre).
Le caissier a un faux air de Gael Garcia Bernal. Des yeux verts à se damner et une barbe de trois jours. Son alliance brille quand il me tend le ticket de caisse. (Ça, c'est fait.)
Je sors les bras chargés et boutonne mon manteau. Le vent est frais et le ciel est constellé de nuages bas. Le cadran de ma montre m'affirme que je suis en avance. Mais ce n'est pas le temps qui manque, ici.
17/12/2011
Sans rancune

J'ai toujours bien aimé le regarder fumer. Je ne sais pas pourquoi. La manière dont il tenait sa cigarette, ou comment il plissait les yeux. Ou sa petite bouche qui grimaçait un sourire un peu mal à l'aise. Je ne sais pas, au fond.
Il était là, contre le chambranle de la porte. Un peu plus tôt, j'avais tapoté le lit pour qu'il se mette plus près de moi, mais il avait refusé. Trop dangereux, avait-il dit. Sur le coup, ça ne m'a pas fait grand chose – le rhum coca m'avait déjà rendue bien docile. La radio passait une chanson d'amour, ça tombait mal.
Tout le monde était au courant de sa venue, sauf moi – surprise pour mes vingt ans. Il avait sonné, il était monté, avait fait la bise à toutes les convives qui me jetaient des coups d'œil complices. Et moi, fidèle à moi-même, je ne savais pas où me mettre. Je déchirais les papiers cadeaux en morceaux, je disais des inepties que je mettais sur le compte de l'alcool, je cachais ma nervosité tant bien que mal.
Conversation on ne peut plus banale – la famille, la fac, les invités. Ma bouche me brûlait de ne pas lui dire ce qu'il fallait dire et je n'osais même pas le regarder. Je me souvenais trop bien de ses yeux, couleur de notre été, d'un soleil que j'aurais bien voulu garder un peu plus longtemps pour l'hiver et les eaux froides. Mais j'avais oublié son parfum lourd et prenant, son rire si communicatif et la cicatrice au-dessus de sa joue, comme une longue larme rouge, qui le faisait ressembler à un clown triste.
Il est parti après minuit. Je me suis faufilée juste avant que la porte ne se referme sur lui et l'ai serré contre moi. C'était l'adieu que l'on n'avait pas eu. C'était le coup de poing qu'il me fallait. J'entendais derrière la porte les commentaires bruyants des convives et leurs yeux curieux collés au judas. Et ses excuses bafouillées, toujours avec ce même sourire gêné, maladroit. Ma bouche greffée à son cou retenait son souffle. Il s'est échappé brusquement, m'a jeté un au revoir hésitant en dévalant les escaliers.
Je n'ai pas voulu le voir partir par la fenêtre. J'aurais sûrement espéré qu'il se retourne. J'ai tué mes soupirs à coups de cailloux. J'ai ravalé la pierre que j'avais dans la gorge.
Et la musique que crachaient les enceintes ont rempli l'espace vide, quelqu'un d'autre a pris sa place sur le pouf près du sofa. Là-bas, il n'y a plus qu'une empreinte poussiéreuse de son passage, une vague senteur d'orgueil qui se fane et une bouteille vide qui trône sur la table basse.
12/12/2011
Suite

Aiguilles du ciel à deux balles. Je ne vous ai jamais plus détesté qu'aujourd'hui.
Et vas-y que je traîne ma valise à deux à l'heure. Je vous en prie, je vais juste attendre que vous daigniez arrêter de me faire perdre mon temps. Un rendez-vous ? J'ai une tête à avoir un rendez-vous ? Oui bon, c'est vrai, je ne suis pas en retard, non. Pour quoique ce soit. Pour une fois. Je veux juste marcher un peu, là, pour m'éviter de penser, j'ai le droit ? Marcher, vite et droit, pour l'empêcher de revenir.
Tu es là où on n'attend plus las d'attendre non Las d'entendre la symphonie d'un siècle mourant
Tué là ou on n'attend pas où tu vous Ils ont tous la même peau et ça ne fait même plus mal Le temps les temps où tu n'es pas là comme je regrette le temps où tu étais las quand les remords étaient cachés sous le sable et mes pieds sur le mur quel mur déjà Tu sais toi et moi le parapet... Oui celui-là peut-être qu'il est tombé peut-être qu'il est repeint aussi tu te souviens les aquarelles improvisées toi et moi sur la pierre métaphore au rabais C'était surtout toi et moi nous dans la mousse dans la buée de deux bouches jamais collées mais j'étais remplie de tout ce qu'il fallait dire et –
Pourquoi faut-il que le soleil se lève (il fait toujours nuit là-bas ? sur toi ? dans moi) et les hanches et les manches du lundi au dimanche elles crient ton nom Étouffé sous les draps mais ça je ne le dirai pas L'orgueil est plus fort et c'est toi oui toi qui as tort mais et moi mes émois ce n'est qu'un bout de temps ça me passera ce n'est qu'un peu de saisons que je gâche sans raison et si je parlais
mais je suis lâche –
Rend moi mes cathédrales je veux mes quais mes aimés mes quittés et les rires que je ne pensais qu'à moitié Et l'écume qui vient lécher mes pieds Et mon journal et mon café Oublié le filtre pas fait exprès
Morsures et paquets de nerfs, un peu plus un peu moins C'est rien Quand tu es loin Pas le temps de pleurer c'est l'heure de ma verveine (mais même les morceaux de sucre et le sachet tout rabougri me font penser à toi, c'est vraiment pas de veine)
A toi à moi, à l'improbable à la surprise en forme d'aveu à nos conflits muets à deux - pas besoin de le dire tu le sais je le crie en sourdine c'est mon secret livide celui qui dîne de mes amours pourries comme des fruits trop mûrs c'est mes talons qui claquent c'est mon baume des mutiques c'est le déjà-vu arrière goût métallique
(Buvons pour ne plus se souvenir pour ne plus se mentir)
Je reprends ce que j'ai donné ce que je t'ai légué les mains les seins la bouche et les mots qu'elle a jeté J'efface et je ne laisse plus rien J'irai creuser pour les reliques celles de mes ans fantasmés jamais justes Trop jeunes Pas au programme arithmétique de ta persistance ton impertinence Et tu sais que j'ai raison Mais tant pis viens me chercher tu seras pardonné dépêche toi Je n'ai jamais aimé les aéroports c'est plein de gens qui s'aiment trop fort –
Et mince ! J'aurais mieux fait d'aller au duty-free.
15/11/2011
Air vif

24/10/2011
D'un et de deux, de tous

04/05/2011
L'aube impossible

Les lumières de Berlin, la nuit. Tout est illuminé. La petite croix sur le dôme, en face, elle n'y était pas avant. La cigarette tombe sous mes pieds – petite gerbe d'étincelles orangées qui éclaire la nuit, puis s'évanouit. Un bus passe encore, à cette heure-là ? J'ai un goût de rhum-coca dans la bouche. Profite, profite. Tu avais tellement envie de te retrouver là, autrefois. Ma tête est pleine de mots allemands, c'est bête hein, je trouve que c'est une langue affreuse. Mais certaines personnes les prononcent tellement bien, c'est comme s'ils enrobaient chaque phonème d'un peu de sucre, d'un peu d'amour. Alors je les vole, à ta bouche directement, je les arrache à tes lèvres, mes maudites rivales. Je veux leur faire la peau. Cette nuit, tu es à moi – Berlin est à moi, ces rues que je ne connais pas, ces façades étrangères, donne les moi, je veux les apprivoiser, à défaut de t'apprivoiser, toi. Alexanderplatz, c'est de quel côté ? Ah, et j'ai de la musique balkanique en tête, aussi; j'ai le cœur qui bat comme des percussions.
(J'avais mis ma robe bleue à fleurs, et après je m'étais dit pourvu que je ne fasse pas trop jeune; comme ces adolescentes qui tentent d'entrer en boîte, la figure peinturlurée et les yeux ourlés de noir, une clope et des jurons tout prêts au bec. Je voulais qu'on me prenne au sérieux, c'est tout. Et puis, je n'aime pas les choses tièdes. J'exècre les demi-mesures. J'ai horreur des moitiés. J'ai eu tout d'un coup, sans tambours ni trompettes; et me voilà sans presque rien, des larmes de honte sur l'harmonica, plic ploc sur le métal (allemand, d'ailleurs, schieze). Mais non, ce n'est pas moi, ce n'est pas ce que je veux. Et je ne veux pas te faire attendre trop longtemps. Je ne veux pas te laisser t'endormir, reste encore avec moi.)
Je ferme la porte-fenêtre. Il fait froid dehors, et puis je suis pieds nus dans le salon, et j'ai froid, sans toi. Tu m'attends au lit, je vois ton dos tout blanc, et les marques du drap sur ta peau; c'est con à dire, je sais, mais j'aurais pu rester là, sur le pas de la porte, et t'attendre. C'est ce que je fais, toujours. J'ai les mains froides, tu me les prends et les réchauffe contre ton torse brûlant. Et moi, j'avais la bouche pleine de fais moi rester, fais moi rester, je t'en prie. Ça aurait fait trop mélodrame, je pense. Et le soleil se lève toujours, ce putain de soleil.
Living on my own ? J'en serais bien incapable.
("C'est par une nuit comme celle-ci que, beau joueur, j'ai traîné dans les airs un filet fait de tous mes nerfs. Et quand je le relevais, il n'avait jamais une ombre, jamais un pli. Rien n'était pris. Le vent aigre grinçait des dents, le ciel rongé s'abaissait et quand je suis tombé, avec un corps épouvantable, un corps pesant d'amour, ma tête avait perdu sa raison d'être.")
10/02/2011
Les limites du malheur

26/01/2011
Négation de la poésie

16/01/2011
De solitude en solitude vers la vie


