Il s'en va et ferme la porte derrière lui, sans demander son reste. J'ai toujours eu un faible pour les hommes qui referment la porte derrière eux sans demander leur reste.
23/11/2014
27/02/2014
La terre est bleue
29/12/2013
duemilletredici
Alors voilà, moi, j'en suis là. J'ai coupé mes cheveux plusieurs fois. J'ai échangé une ville froide comme la pierre pour une autre qui crie tout au bord de la mer. J'ai croqué dans mille couleurs. J'ai perdu du poids, j'en ai repris. J'ai gagné des bouts de papier. J'ai égaré quelques sourires. J'ai pleuré à maintes reprises, parfois de rire. J'ai retourné ma veste et j'ai changé d'avis. J'ai appris de nouveaux mots et j'ai coché des cases. J'ai pris l'avion le bateau le train le métro et j'ai usé mes semelles. J'ai brisé mon cœur sur une frontière comme on casse un œuf sur le rebord d'un bol. Je me suis remplie de choses nouvelles. J'ai vieilli. J'ai fait semblant, je me suis tue, je n'ai rien dit.
23/08/2013
12/05/2013
Dorée
11/03/2013
Derniers poèmes d'amour
11/01/2013
Comme une image
06/11/2012
L'amoureuse
30/09/2012
Absence
21/08/2012
Facile
30/07/2012
Les nécessités de la vie et les conséquences des rêves
19/07/2012
Où la vie se contemple tout est submergé
deux kilos et un teint d'albâtre,
Quand on me dit "alors, le Népal ? Comment c'était ?", je ne sais jamais quoi dire. Je ne sais pas mesurer. Alors je réponds, l'air embarrassé "c'est dépaysant" et je me lève pour aller commander une autre bière au bar.
"C'est dépaysant"...C'est facile, passe-partout, c'est vrai, mais terriblement réducteur.
(Je n'ai pas besoin d'en parler avec lui. Je n'ai qu'un mot à dire, et il comprend.)
30/06/2012
Au défaut du silence
26/04/2012
L'avenir d'une agonie
Un tour, deux tours, trente-trois tours, tout le temps, même pour dormir
23/03/2012
Souvenirs de la maison des fous

07/03/2012
Je ne suis pas seul

02/03/2012
Le devoir et l'inquiétude

NANCY 3
PLACE STANISLAS
J'étais debout contre la façade de l'opéra et j'attendais E. Mon attente fut de courte durée : je vis sa silhouette se dégager du brouillard et je reconnus – on ne peut la confondre avec aucune autre – sa démarche chaloupée, une allure de danseuse, sa grâce en mouvement sur les pavés glissants. J'y aurais succombé, à ses pavés, je serais tombée une ou deux fois en l'espace de seulement quelques mètres, avec ma maladresse habituelle.
Pas elle.
Ses joues très douces – rosies par le vent, deux petites boîtes de peau pleine de froid – effleurent les miennes dans un silence qui fait tâche, par rapport au vacarme que crachent les portes d'entrées. Elle agite son parapluie en me racontant sa journée. Je l'écoute, la tête penchée, les cheveux dégoulinant de pluie sous mon béret trempé.
Un jeune blond déchire mon ticket à l'entrée et je monte lentement l'escalier en marbre, un bout de papier dans chaque main, l'air nonchalant et un peu bonhomme : un petit pantin en chiffon chez les grands hommes.
La magie du brouhaha s'opère : l'orchestre se met en branle, tout doucement d'abord, comme s'il avait dormi cent ans, puis de plus en plus fort. Les cuivres parlent aux violons qui répondent aux hautbois et ainsi de suite, c'est sans fin, à la fin. Le chef-d'orchestre s'agite – c'en est même comique, ce petit être de rien du tout qui commande tout un peuple avec un bout de bois.
Et moi, je tourne la tête vers E. jusqu'à ce que le rideau se lève. Les lumières du décor se reflètent dans ses grands yeux verts. Et sa bouche, s'ouvrant et découvrant ses trente-deux airs entêtants, éclipse tous les bruits sous la voûte; tandis que sous mes cuisses, le strapontin gémit faiblement – protestation de l'écho, tristes shhhht aux gradins du dessous.
J'ai fait du lyrique avec un peu de plastique.
28/01/2012
La vie immédiate
NANCY 2
GARE
Je t'aurais raccompagné, tu sais. J'aurais gardé les mains dans les poches pour ne pas être tentée de fourrer mes doigts dans la tienne. Je n'aurais pas insisté pour que tu restes plus longtemps. J'aurais peut-être hésité à entrer; je n'aurais pas voulu voir le numéro orange vif de ton train sur les panneaux des départs, et à l'heure clignotant sans répit comme une paire de gifles sur une joue nue. Je t'aurais peut-être laissé Place Thiers – l'endroit sans doute le plus laid de Nancy – et serré contre moi, nonchalamment et sans aucune chaleur, pour ne pas trahir les révolutions qui s'opéreraient en moi (souffle court, cage thoracique comme rétrécie au lavage, tremblements d'écolière incontrôlés dans les métacarpes et la lèvre inférieure).
Ou bien je t'aurais accompagné au quai numéro un.
Tu trainerais ta petite valise derrière toi, les roues couineraient un peu, oppressées ; tu sifflerais un air impatient, l'air détaché ; je regarderais ma montre pour paraître occupée. Je t'embrasserais les deux joues le souffle coupé, mais je sentirais fatalement ton parfum, mélange de vin, de cigarette et de savon de Marseille. Je simulerais un retard quelconque pour ne pas te voir monter dans la voiture 18. Je ne saurais pas si je suis censée te faire un signe de la main ou partir immédiatement, une fois les portes closes.
Alors je sortirais par les portes automatiques, le vent serait glacial et j'aurais peur de pleurer (par moins dix, les larmes sont des armes blanches : des stalactites d'eau salée collés aux cils). Des hommes d'affaires déjeuneraient au Flo, l'air suffisant et plein d'arrogance. J'aurais la gorge sèche, je fumerais une cigarette devant l'Irlandais – avant de me rappeler que tu m'y avais emmené un jour, j'avais bu un thé glacé, et toi un Expresso. Peut-être que j'aurais envie d'un café, à ce moment là. J'irais aux machines de la gare, boire un pseudo crème à l'aspect peu engageant, avec beaucoup trop de mousse et pas assez de sucre. On me demandera sans doute de la monnaie, je bafouillerais sans doute une piètre excuse.
Et puis, tu serais là, dos à tes wagons qui défilent, l'air perdu et la bouche entrouverte. Je te regarderais sans comprendre de l'autre bout du hall et en te rejoignant, tu n'aurais même pas un mot à dire. Nos bouches cousues rendraient tous les trains en retard.
(Mais je n'ai de l'amour qu'au conditionnel.)
COURS LEOPOLD
( Surtout à l'automne. Les marrons, principalement. Les marrons, surtout. Et les feuilles, aussi. Les feuilles mortes, sur nous.
A force je ne me rends même plus compte que c'est là où on s'est aimé, détesté, désaimé ; à force je ne fais même plus les comptes – je t'y ai embrassé dix, cent, mille fois; à tout heure : matin, midi, soir, sur ce banc (toujours sale, chewing gums collés au dossier, traces de pas ou que sais-je encore) près de la statue (marbre froid marches trop hautes ou trop basses c'est selon) à l'arrêt de bus, à demi-cachés (et combien de fois l'as-tu raté ce bus ?) Il fut un temps où c'était un jeu, où cet espace était à nous (mais qui nous l'a pris, dis moi... ?)
[Là où on s'attend quand on n'attend plus rien d'autre que nous plus rien d'autre que tout
où l'on dessine encore une figure fanée fatiguée effacée le front figé dans un âge imparfait et la peau trop brune sucrée salée sous la langue qu'on connaît
Là où on s'aimait toujours plus fort, collection de craintes rangée et remise à plus tard, c'était pas l'heure de nos tissus d'incohérences – qu'on tissait chaque jour et défaisait la nuit, comme Pénélope, pour nous donner plus de temps, plus tard, plus loin
Là où on ment où on feint où l'on fait semblant d'avoir faim pour ne manger que les miettes de ton pain et les tristes restes des jours heureux]
Là où, en fin de compte, ton nom a pris une couleur nouvelle. Celle d'une autre vie, pleine de « si » et de remords en forme de oui. )
Aujourd'hui, ce n'est plus qu'un raccourci comme un autre pour rentrer chez moi, ou un passage obligé après des verres trop grands : on éponge la liqueur en s'engraissant le cœur, une boîte de frites pour deux euros, les doigts moites d'huile et la tête lourde – boules de billard qui s'entrechoquent, viande à kebab qu'on découpe, commentaires bruyants à la table à côté.
J'ai empilé du bruit sur toi.
VIEILLE VILLE
La vieille ville fait de moi une vieille fille.
J'étais légèrement ivre en sortant du Médiéval et les pavés de la rue Saint Michel me faisaient mal aux pieds. Les quelques restaurants de la Grand Rue déversaient des effluves persistantes de fromage – ça me donnait mal au cœur, après toute cette mauvaise bière que je m'étais entêtée à boire.
Mes longues envolées lyriques de tout à l'heure me revenaient très lentement en mémoire. Je souriais pieusement, les dents cachées derrière la honte pudique de l'éthylisme et ma fine écharpe – piètre bouclier contre le froid et le vent de minuit.
Un homme me siffla Square Bichat. Un chien aboya un plus bas. Une voiture, vitres baissées, déversa une mélodie – puissante, toute de cris et de basses – puis me dépassa à vive allure. La retombée du silence, trop soudaine, me fit frissonner.
Je sifflai sous la porte de la Craffe, l'écho remplissait les arcades de duplicata de moi. Miroir sonore de mes petites hésitations. La neige, tamponnée d'allées et venues, riait sous la maladresse de mes semelles. Quand je rentrai chez moi, toutes les lumières étaient éteintes.
Et de l'autre côté de la ville, quelqu'un tombait amoureux. Ce n'était pas de moi.
à venir : PLACE STANISLAS, PEPINIERE









